Faire son DEUIL

Le deuil représente un moment de changement dans sa vie. Le deuil est souvent associé à la perte d’un être cher où à la fin d’une relation amoureuse. Hors les situations de deuil sont bien plus fréquentes que nous le croyons. Nous faisons tous régulièrement « des deuils ».  Deuil de notre enfance, deuil  de notre vie de célibataire lorsque nous nous marions, deuil d’un travail lorsque nous en changeons, deuil de la vie professionnelle au passage à la retraite, deuil de la fertilité lorsque nous sommes confrontés à l’impossibilité de faire des enfants, deuil d’un état physique lorsque nous nous retrouvons privé d’un membre ou lorsque nous nous retrouvons en fauteuil roulant, Deuil d’une vie en bonne santé lorsque nous apprenons qu’une maladie irréversible nous atteint ETC….

Le mot deuil signifie « douleur » Cette douleur est présente lorsqu’une situation change et que nous n’avons parfois pas demandé à ce qu’elle change. Les situations de deuils vont donc représenter toutes les situations qui vont susciter un changement mal vécu. C’est particulièrement le cas lors de décès d’un être cher, de la perte d’un emploi, d’un divorce, de la découverte d’une maladie grave. Le point commun à ces différentes situations de deuil est qu’il passe par les mêmes étapes. Le deuil n’est pas une maladie. C’est un moment particulier où les personnes se sentent en souffrance. Il s’y installe une sensation de manque insoutenable qui génère un mal être, un manque de plaisir, de goût de l vie, une fragilité physique et psychologique importante, une fatigue, un désintérêt pour tout ce et ceux qui nous entourent, une émotion à fleur de peau…..

Nous entendons régulièrement dire d’untel «  IL FAUT QU IL OU ELLE FASSE SON DEUIL »ou encore  « IL OU ELLE, N’A PAS ENCORE FAIT SON DEUIL ». Il s’agit bien là qu’il y a quelque chose qui se passe en nous et que nous mettons en place pour retrouver un équilibre physique et psychique.

La douleur éprouvée ne dépend pas de la gravité de la situation, elle dépend de ce que ressent la personne endeuillée.

LES DIFFERENTES ETAPES DU DEUIL

LE CHOC

C’est à ce moment que nous avons la sensation que la terre s’effondre sous nos pieds, que nous sommes seuls au monde à vivre cette expérience, de ne pas comprendre ce qui nous arrive. Même si nous nous y étions préparés comme par exemple lors d’un décès après une longue maladie, le scénario n’est jamais vraiment celui que nous nous étions imaginé. A ce moment nous sommes effondrés et chacun vit cet effondrement différemment.

LE DENI

C’est pas possible cette chose là n’est pas arrivée ! A ce stade du deuil nous refusons de reconnaitre ce qui arrive. C’est le refus de croire en l’information à la situation. Certaines personnes restent très longtemps voire plusieurs années à ce stade. Ce stade leur permet de continuer de « vivre comme si de rien n’ était ». Je me souviens d’un patient rencontré qui continuer de préparer à manger pour son épouse et qui mettait la table pour deux en s’imaginant tout un scénario qui lui permettait d’éviter la douleur. C’est un mécanisme de défense parfaitement naturel qui évite la souffrance ou tout du moins qui la rend plus soutenable.  A ce stade certaines personnes ne disposent pas encore de toute l’énergie nécessaire pour passer à l’étape suivante. Le déni préserve de l’insoutenable.

LA COLERE ET LE MARCHANDAGE ( LA NEGOCIATION)

A cette étape du deuil, nous en voulons à la terre entière. La colère est tournée vers soi et vers les autres. Nous cherchons un responsable à la situation. Pourquoi moi et pas un autre ! Nous en venons même parfois à en vouloir à la personne décédée de nous avoir abandonnés ! Il n’avait pas le droit de nous faire ça !  C’est une phrase récurrente dans le dialogue avec les personnes accompagnées dans la perte d’un être cher. Dès qu’une lueur d’espoir apparait nous nous y accrochons pour finalement retomber dans la colère lorsque cet espoir disparait. C’est le cas par exemple de personne disparue dont on ne retrouve pas le corps et où la famille reste toujours dans le refus d’accepter la disparition même si toutes les preuves laissent entendre que la personne ne reviendra jamais. C’est à ce moment que nous négocions avec tout ce à quoi nous croyons, Dieu, les miracles dans les cas de vie ou de mort. Négociation d’une possible amitié plutôt qu’un amour. Négociation avec le temps également. A cette étape du deuil nous sommes confrontés à un impossible retour en arrière. Ce stade permet de faire sortir notre douleur.

LA TRISTESSE, LA DEPRESSION

Cette étape est caractérisée par une sensation de grande solitude pouvant chez certaines personnes aller jusqu’à la dépression. Lorsque nous arrivons à ce stade du deuil c’est que nous avons en partie accepté la situation. Mais pas tout à fait. A ce moment nous ne disposons pas toujours de l’énergie nécessaire pour  passer ce cap seul. Il est important si cette étape dure trop longtemps de se faire accompagner par un thérapeute expérimenté qui saura vous écouter, vous guider, vous accompagner tout au long du processus du deuil jusqu’à atteindre une situation de confort.  Nous avons besoin de faire entendre notre douleur et bien des personnes cherchent à se débarrasser de ses symptômes désagréables en prenant toute sorte de psychotropes, nouveau chemin d’évitement plutôt qu’un chemin d’intégration. Cependant ils sont nécessaires  lorsque l’équilibre du sujet est en danger.

L’ACCEPTATION

Cette étape du deuil représente l’abandon de cette lutte. Nous acceptons la situation telle qu’elle est devenue. Nous sommes plus objectifs avec nous-mêmes mais aussi avec les autres. Nous commençons à entrevoir « un coin de ciel bleu », nous refaisons tout doucement « surface ». A ce stade, nous décidons de vivre avec la réalité. Mais cette acceptation seule ne suffit pas. Nous devons apprendre à nous reconstruire, nous devons faire autrement qu’avant. Nous devons réapprendre.

LA RECONSTRUCTION

C’est à ce stade que nous nous organisons pour répondre aux exigences de la vie en société. Que nous retissons des liens avec des personnes extérieures.  Cette phase nous permet de découvrir les ressources personnelles que nous ne soupçonnions parfois même pas. C’est à ce moment que nous reprenons confiance en nous.

LE PARDON

Cette phase particulière du deuil permet de se pardonner et de pardonner à l’autre. Cette phase permet de faire « place nette ». Se libérer de toute rancune, colère, regrets. En accordant le pardon nous éliminons tous les résidus de colères intérieures qui nous aliènent. C’est la raison pour laquelle certaines personnes finissent par pardonner à leurs bourreaux. Ce qui ne veut pas dire qu’elles adhèrent à ce qu’ils ont fait, ni qu’elles acceptent mais qu’en pardonnant elles se libèrent de toutes les colères intérieures qui les empêchent de poursuivre leur vie sereinement et de passer à « autre chose ».